Le bonheur facile

Je discutais dernièrement avec une direction d’école qui me disait que pour faire ce métier, et le métier d’enseignant, il fallait avoir le bonheur facile. Il fallait donc être capable de mettre notre énergie sur le positif. C’est comme ça, selon cette direction, que l’on survit et qu’on peut bien évoluer dans le milieu de l’éducation.

Je crois en fait que c’est comme cela qu’on survit partout, dans n’importe quel métier. Trop souvent, j’entends des horreurs dans mon milieu: ‘’cet élève-là, y’a rien à faire’’, ‘’avec les coupures constantes, c’est impossible d’enseigner’’, ‘’lâche prise, on ne peut pas tous les sauver’’, ‘’il faut que tu te protèges, fais en moins!’’, ‘’la clientèle est devenue trop lourde’’. Cette clientèle qu’on mentionne… eh bien, ce sont des enfants, des adolescents. Qu’est-ce qui fait qu’on fait ce métier et qu’on se dit: je choisis qui, d’entre tous les élèves, mérite mon attention? Qu’est-ce qui fait qu’on se dit: ‘’moi je ne fais plus d’effort.’’

Dans tout métier, ce genre de découragement devrait mener à une remise en question. Une réorientation de carrière, une pause, une thérapie… quelque chose. Je n’arrive pas à concevoir passer 10, 20 voir 30 ans dans cet état d’esprit. Mais quand notre emploi en est un de modèle pour des jeunes… il me semble que c’est encore pire!

Cette année, je me suis donné le défi de miser encore plus sur le positif. Je tente de le faire au quotidien, mais j’ai voulu le faire vivre à mes élèves et aux parents également. Je crois fortement à la communication avec les parents. Bien sûr, il y a parfois des parents peu commodes, qui nous remettent en question constamment et même nous accusent à tort. 99% du temps, la communication (un téléphone, un courriel, un suivi) règle le problème. Parfois non. C’est ça travailler avec des humains. Parfois, il faut travailler fort pour se comprendre.

Souvent, la communication avec les parents se limite au bulletin et quelques courriels sur les examens à venir. Lorsque c’est plus que ça, c’est rarement positif. Maxime a dérangé pendant le cours ou Sabrina devrait venir en récupération, car elle a de la difficulté. Comme parent, j’ai rarement eu des communications avec les enseignants au-delà des devoirs à faire, message envoyé à tous les parents du groupe. Mais jamais un courriel positif… j’ai fait le tour de mon entourage et eux non plus n’ont pas eu ça. Alors je me suis lancée.

Dès la rentrée, j’ai commencé à observer mes élèves et à envoyer des courriels. Une fois par semaine, je prends 20-30 minutes et je fais le bilan de ma semaine. Je passe en revue chacun de mes groupes et je prends des notes sur des comportements observables. Un élève a participé plus qu’à son habitude, car il était emballé par le sujet de discussion. Une autre a spontanément aidé un élève en difficulté. Un élève a posé des questions et s’est appliqué dans un travail en particulier avec un souci clair de réussir. Chaque petit geste, réussite, entraide et comportement positif vaut la peine d’être souligné. Et ces observations, et bien je les envoie par courriel aux parents.

Le vrai défi sera de m’assurer que tous ont reçu au moins un courriel cette année. Même l’élève le plus difficile. Car oui, il y en a des élèves difficiles. Des élèves qui viennent jouer sur nos nerfs, qui nous cherchent, qui en fait cherchent de l’attention. Ces élèves-là ne sont pas des élèves avec lesquels il faut lâcher prise. Ils sont ceux qui nous demandent de faire plus. Ils sont ceux qu’il faudra observer plus attentivement pour s’assurer de trouver le positif et de valoriser celui-ci plus que les mauvais comportements.

Mais avec tout le travail qu’un enseignant a à faire, se rajouter des courriels positifs, c’est possible? Tout dépend de comment on voit les choses. J’ai personnellement vu l’impact de ces courriels tout de suite. Des jeunes fiers du courriel envoyé à leurs parents et qui se sentent valorisés, reconnus et appréciés et qui travaillent encore plus fort en classe. Une meilleure communication entre le parent et l’enseignant et une valorisation de mes cours par le parent envers son enfant. D’autres élèves qui entendent parler des courriels et font des efforts, positifs eux aussi. C’est 20-30 minutes ajouté à ma routine par semaine. C’est des minutes de gestion de classe de moins, car le climat est meilleur. Et c’est motivant pour moi de terminer chaque semaine avec du positif au lieu de passer 20-30 minutes par jour à chialer contre le gouvernement, les coupures et la clientèle. Je refuse de passer mes journées à chialer. On m’a déjà dit: le dernier qui a voulu changer le monde, on l’a crucifié… et bien au moins il aura essayé. Je suis loin de me prendre pour Jésus, mais je crois qu’on peut tous, un petit peu à la fois et à sa façon, changer les choses.

Et vous, de quelle façon amenez-vous le positif dans votre emploi et votre milieu?

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